Accueil  |  Conférence nationale sur l'avenir des territoires  |  ACTES  |  Grande conférence : Éric Pineault

Grande conférence : Éric Pineault

Économie et prospérité d’avenir : croissance, décroissance ou reconversion?

Si nous sommes dans l’ensemble d’accord avec le constat de crise et les limites du modèle de développement dominant, il est temps d’entrevoir de nouvelles perspectives pour aborder l’avenir. De quelle façon asseoir un développement qui nous permette de faire autrement? Quelle est la vision qui nous permettra de concrétiser la société que l’on souhaite? Quelles valeurs mettre de l’avant? Selon quelle gouvernance? Telles ont été les questions débattues par les experts et acteurs de renom présents à la conférence nationale de Shawinigan le 20, 21 et 22 avril derniers.

La troisième conférence fut présentée par Eric Pineault, socioéconomiste et professeur au Département de sociologie de l'Université du Québec à Montréal. Le contenu de sa présentation est ici résumé.
 

La crise économique frappant l’ensemble des pays de l’OCDE ne semble pas avoir remis en question les fondements de notre modèle de développement. Bien au contraire, notre réponse vient conforter l’assise d’un paradigme qui serait finalement perçu comme étant acceptable, ou plus encore, une voie dans laquelle nous devrions persévérer. C’est pour cette raison que nous devons rappeler les limites économiques, sociales et écologiques qui le caractérisent.

Surendettement des consommateurs, stagnation des revenus, accroissement des inégalités, clivages territoriaux, crise environnementale et énergétique… voici les principales limites d’un modèle de croissance économique qui relègue le développement de nos communautés au second plan. Les faiblesses inhérentes à ce système ne signifient pas son entière remise en question, mais nous nous devons toutefois de le questionner.

Effectivement, il est important de penser une économie en transition, vers une base moins énergivore, plus équitable, mais aussi plus sensible aux réalités locales et régionales. Dans cet objectif, nous pouvons soit nous laisser contraindre à une certaine décroissance, soit au contraire nous donner les outils pour reconvertir notre économie et lui donner de nouvelles logiques de fonctionnement :

  • Tout d’abord, sachons que le cœur économique de notre société réside dans le capital social, l’économie vernaculaire, l’ordinaire. Il faut trouver des manières de revaloriser l’espace du temps qui se consacre à autre chose qu’à la production, car c’est dans cette économie que l’on crée des contacts, des réseaux, des communautés d’innovation.
  • Ensuite, nous devons redécouvrir et valoriser l’hybridité des formes de propriété et des objectifs pour une économie québécoise plus ancrée dans les priorités de nos communautés. Elle pourrait non seulement rendre nos milieux plus autonomes, mais aussi favoriser la croissance de l’économie ordinaire précédemment évoquée.
  • Enfin, nous pensons trop rarement la nature comme une économie. Notre rapport à l’économie naturelle doit donc impérativement glisser de la logique selon laquelle « on extrait, on emballe et on exporte », vers des modèles de gestion basés sur la coproduction.

Pour réussir cette transition, nous allons devoir développer une économie d’innovation verte, des outils de diagnostic nouveaux, et des indicateurs économiques alternatifs crédibles. Par ailleurs, nous avons besoin d’une politique industrielle forte qui puisse construire cette économie hybride hors de l’économie monétaire, et enfin rompre avec la grande corporation. Dernier point important, nous devons consolider les outils de financement public de notre économie en fonction de ces objectifs et leur donner la possibilité d’investir selon les valeurs sociales et écologiques qui sont les nôtres, et c’est justement là notre plus grand défi.
 

 

Éric Pineault
Éric Pineault est professeur au Département de sociologie de l’Université du Québec à Montréal, directeur de recherche à la Chaire de recherche du Canada sur la mondialisation, la citoyenneté et la démocratie ainsi que membre du Collectif d’analyse de la financiarisation du capitalisme avancé (CAFCA).
 

Design Web = Egzakt