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Grande conférence : Gilles Paquet

État et collectivités d'avenir : gouvernance des changements ou changement de gouvernance?

Si nous sommes dans l’ensemble d’accord avec le constat de crise et les limites du modèle de développement dominant, il est temps d’entrevoir de nouvelles perspectives pour aborder l’avenir. De quelle façon asseoir un développement qui nous permette de faire autrement? Quelle est la vision qui nous permettra de concrétiser la société que l’on souhaite? Quelles valeurs mettre de l’avant? Selon quelle gouvernance?

Telles ont été les questions débattues par les experts et acteurs de renom présents à la conférence nationale de Shawinigan le 20, 21 et 22 avril derniers.

La seconde conférence fut présentée par Gilles Paquet, économiste et professeur émérite à l'Ecole de Gestion et Senior Research Fellow au Centre d'études en gouvernance de l’Université d’Ottawa. Le contenu de sa présentation est ici résumé.

La pluralité des acteurs impliqués dans le développement de nos communautés suppose des philosophies différentes, des façons de voir différentes, des manières de gouverner différentes. En témoignent les mandats respectifs de Solidarité Rurale et du gouvernement, l’un composant avec mille et une communautés, l’autre avec des territoires. Soyons donc conscients que si nous voulons réellement changer le monde dans lequel nous vivons, il faut avant tout revoir la manière dont nous y travaillons.
Et les choses vont dans le bon sens car nous passons progressivement d’un gouvernement « grand G », de haut en bas, à un « état stratège » qui veut servir, aider et supporter les communautés. À mesure qu’il y a globalisation, nous prenons ainsi conscience de l’importance des petites unités comme les communautés de pratique ou les systèmes locaux d’innovation, qui malgré leur caractère purement arbitraire voire emblématique, sont à l’origine des plus grandes découvertes de ce monde.

Il n’y a pas de modèle préétabli, mais c’est bel et bien dans l’expérimentation, l’exploration par les communautés que nous trouverons la voie d’un développement plus solidaire. En quelques mots, il faut faire tout ce que l’on nous empêche pas de faire, mais aussi et surtout accepter l’idée que nous devons acquérir des principes et des compétences de base. Nous devons intégrer l’idée que tout le monde peut gagner et enfin croire en un mot : la collaboration. Ceci étant, cela ne peut se faire sans un certain nombre de règles, sans mettre en place des éléments d’infrastructure destinés à nous aider à travailler avec nos communautés.

Aussi, nous devons être avertis des écueils avec lesquels nous allons devoir composer :

  • Tout d’abord, des craintes sont à avoir quant au mandat de Solidarité Rurale. Il est clair que la défense d’objectifs nationaux ne doit en aucun cas amener l’organisation à une quelconque instrumentalisation par le gouvernement.
  • Ensuite, l’autonomie acquise par les communautés pourrait remettre en question les élus, la MRC, le ministère, et susciter des blocages administratifs. Comprenons alors que nous avons besoin de temps pour que chacun puisse trouver sa place dans ce nouveau mode d’organisation.
  • Enfin, la paraisse des masses et le préjugé gouvernemental ne vont pas aider à construire des communautés fortes. Pour avancer, il faut au contraire redoubler d’efforts et cesser de tout attendre du gouvernement.

Il se pourrait donc que la gouvernance communautaire soit l’amorce d’un mouvement social d’une extrême importance. Il s’agit peut-être de la seule avenue prometteuse qui nous soit offerte puisqu’elle nous donne l’occasion de faire entendre la voix du citoyen au quotidien, dans les choses qui l’intéressent dans ses communautés de pratique. En résumé, il faut revenir à une communauté bâtie sur des liens beaucoup plus ténus, et sans être antiétatique, s’éloigner le plus possible des politiques nationales.
 

 
Gilles Paquet
M. Paquet est professeur émérite à l'École de Gestion et Senior Research Fellow au Centre d'études en gouvernance de l’Université d’Ottawa. Il est aussi associé au Centre d'éthique publique de l'Université Saint-Paul et au cabinet conseil INVENIRE. Il a enseigné à l’Université Carleton pendant presque 20 ans avant de se joindre à l’Université d’Ottawa.
 
Gilles Paquet est un Fellow de la Société royale du Canada et de la Royal Society of Arts of London. Il fut Président de la Société royale du Canada entre 2003 et 2005. Récemment, il a reçu des doctorats honorifiques de Queen’s, Laval, et Thompson Rivers University, a reçu la Mention de Service Public de l’APEX, et a été fait Membre Honoraire de l’Association des économistes québécois, un honneur décerné à une demi-douzaine de personnes au cours des derniers trente ans. Il est Membre de l’Ordre du Canada depuis 1992.
 
Son site web : www.gillespaquet.org
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