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Quelque 70 % de la population de Parc-Extension, à Montréal, est composé d'immigrants et de résidants non permanents de plus de 70 ethnies. Certains y voient le vestibule du Québec, tant les arrivées et les départs sont constants.
Pour les Montréalais, se promener dans Parc-Extension s'apparente à voyager sans prendre l'avion. Pâtisseries grecques, boucheries halal, vidéoclubs offrant des films en bengali ou en hindi, mannequins revêtus de saris indiens ou de boubous africains: les vitrines des rues Jean-Talon, Ogilvy ou Saint-Roch transpirent l'exotisme dans ce quartier du centre-nord de l'île. Près de 70 % de sa population est composée d'immigrants et de résidants non permanents appartenant à plus de 70 communautés ethniques différentes.
Certains y voient le vestibule du Québec, tant les arrivées et les départs sont constants. Après quelques années comme locataires dans ce «quartier accueil-tremplin», la majorité des immigrants partent souvent pour les banlieues de la province. «C'est ce qui rend l'enracinement communautaire si difficile», constate Perry Calce, président de l'Organisation des jeunes de Parc-Extension (PEYO). Plusieurs s'activent à améliorer la vie de ce quartier et à mobiliser ses citoyens, malgré les défis inhérents à la diversité ethnique et à sa mobilité fulgurante.
Accaparés par des besoins plus urgents, les nouveaux arrivants ont peu de temps à consacrer à la vie communautaire. Régler leur statut, trouver un emploi, dénicher une école pour les enfants ou simplement s'intégrer: voilà des préoccupations pressantes à régler bien avant de revendiquer une amélioration de la collecte des déchets ou de la signalisation routière, souligne Giuliana Fumagalli, porte-parole du comité citoyen de Parc-Extension.
Créé il y a près d'un an, ce rassemblement qui mise sur la réappropriation du pouvoir par les citoyens constate déjà que le fait de rejoindre toute la population d'un quartier de transition frôle l'utopie. La porte-parole admet que les assemblées citoyennes attirent surtout, jusqu'à maintenant, «la minorité blanche francophone propriétaire» du quartier, bien qu'elle signale que «dans les sous-comités, on réunit une plus grande diversité parce que ça va toucher des gens plus concernés». Certaines mobilisations marginales rapprochent aussi les communautés. Elle évoque, entre autres, celle qui s'est consolidée pour contrer la déportation d'une famille pakistanaise. Mais les lieux de rencontres manquent.
Bien qu'une piscine intérieure et une bibliothèque multiculturelle aient été construites dans les dernières années, l'espace demeure restreint. Ce quartier enclavé, d'environ deux kilomètres carrés, entasse plus de 30 000 habitants et peu de lieux publics y sont aménagés. «Le fait qu'il n'y a pas [beaucoup] de parcs, qu'il n'y ait pas de cafés, qu'il n'y ait pas de place, ça nuit à favoriser davantage le contact», constate Giuliana Fumagalli.
Inévitablement, la langue vient complexifier le jeu. Pendjabi, ourdou, bengali, tamoul, arabe, espagnol, créole: la langue maternelle n'est ni française ni anglaise pour près de 78 % des habitants du quartier, selon un profil publié en 2008 par le CSSS de la Montagne. 38 % d'entre eux sont capables de soutenir une conversation dans les deux langues officielles, tandis que 13 % ne comprennent ni l'une ni l'autre.
«Le défi, c'est la communication», dit sans hésiter Mary Deros. La conseillère municipale du district de Parc-Extension tient régulièrement des réunions avec les journalistes de différentes origines pour qu'ils traduisent les communiqués de presse dans leur dialecte. Parfois, elle doit traduire elle-même certains avis municipaux en anglais avant que certains intermédiaires, ne maîtrisant pas le français, puissent retransmettre les informations importantes à leur communauté.
Bien que les assemblées citoyennes du quartier adoptent le français par choix politique, les efforts de traduction demeurent nécessaires afin d'intégrer ceux pour qui il est impossible d'«apprendre la langue du jour au lendemain». Giuliana Fumagalli ne se sent pas pour autant dans une tour de Babel. «Ça peut ralentir les démarches, mais je pense que ce sont des défis qui sont beaux et qui ne sont pas insurmontables», considère-t-elle.
«Souvent, les enfants jouent aussi le rôle d'interprète auprès des institutions, souligne de son côté Perry Calce. On a un programme de repas dans les écoles [...] et quand on fait l'enregistrement, bien souvent, les parents viennent avec leurs enfants et c'est le plus vieux [parmi les jeunes] de la famille qui nous donne toutes les informations dont on a besoin pour remplir les fiches.»
Pour M. Calce, il ne fait aucun doute que «l'intégration passe par les enfants». Ces derniers participent et s'investissent beaucoup dans les activités du quartier.
«C'est l'Organisation des jeunes de Parc-Extension qui a le plus grand camp d'été, se targue Perry Calce. Les jeunes qui sont responsables proviennent aussi des différentes communautés [ethniques]. On est le seul quartier où on n'a pas de problèmes de recrutement pour nos moniteurs, parce qu'ils restent avec nous plusieurs années et on forme la prochaine génération.»
À son avis, il reste tout de même plusieurs programmes à mettre sur pied pour rejoindre les adolescents, particulièrement «les jeunes filles sud-asiatiques qui, généralement après l'école, vont aller à la maison pour aider la mère dans les tâches ménagères. [...] Vers 13 ans, on ne les retrouve plus dans nos activités.» L'organisation doit donc redoubler d'efforts pour trouver des projets susceptibles de les intéresser, mais aussi pour convaincre les parents de les laisser sortir.
N'empêche, dans l'ensemble, cette deuxième génération issue de l'immigration semble encline à participer dans le Québec de demain. «Je ne sais pas pourquoi, mais il y a une appartenance énorme [au quartier], même quand tu [le] quittes», s'étonne Perry Calce, qui continue à voir les jeunes grandir malgré leur départ de Parc-Extension. Qui sait s'ils ne reviendront pas plus tard pour y organiser, à leur tour, la vie communautaire.
Source: http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/294212/un-quartier-macedoine