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«Il faut arrêter de voir les urbains, les ruraux et les autochtones comme des groupes en concurrence»
La conférence internationale intitulée «Quel projet de société pour demain», du Conseil québécois de la coopération et de la mutualité, les 22 et 23 septembre, donnera la parole à des personnalités québécoises visionnaires. Entre autres, on pourra y entendre Gérald Larose, professeur invité à l'École de travail social de l'UQAM et ancien président de la CSN, ainsi que Claire Bolduc, présidente de Solidarité rurale.
Selon Gérald Larose, les mouvements coopératif et syndical répondent à la même dynamique et, d'ailleurs, il remarque que, historiquement au Québec, ils n'ont cessé de créer des alliances.
«Les initiatives de coopération répondent à des besoins auxquels l'environnement économique et social ne répond pas. Ce sont aussi des façons de réaliser des projets plus larges que, par exemple, la production de biens et services.»
Cet esprit de contestation de l'économie dominante du mouvement coopératif, M. Larose le retrouve aussi dans le mouvement syndical.
«Les gens se regroupent dans le mouvement syndical pour faire ensemble ce qu'ils ne peuvent faire individuellement. Ensemble, ils peuvent se protéger, mieux répartir la richesse et exiger plus de justice au travail. La dynamique est la même, à un point tel que les mouvements syndical et coopératif ont des jonctions très organiques au Québec. Bien des coopératives sont nées dans des locaux syndicaux et bien des syndicalistes ont lancé des coopératives dans des sous-sols d'église.»
Parmi les cas les plus célèbres, le syndicaliste nomme la SSQ et plusieurs coopératives de consommation et d'habitation. «Il y a aussi les caisses d'économie qui, neuf fois sur dix, ont été créées grâce à des initiatives syndicales», indique M. Larose.
Plus récemment, la CSN a mis sur pied le Carrefour financier solidaire, qui regroupe sept organismes reconnus pour leur soutien donné au mouvement coopératif, comme Fondaction, la Caisse d'économie solidaire, Bâtirente, Fil action et MCE Conseils.
Selon Gérald Larose, il va sans dire que les deux mouvements ont collaboré de façon efficace sur le terrain, historiquement, et qu'ils seront encore appelés à le faire. Cela n'empêche toutefois pas certaines tensions de surgir.
«Il ne faut pas oublier que le mouvement syndical a d'abord pour vocation de protéger et de promouvoir les intérêts des salariés. Cela vaut aussi pour les salariés des coopératives, mais il peut y avoir des tensions avec les gestionnaires qui défendent les intérêts collectifs de la coopérative», explique-t-il.
Si la gestion se fait dans le respect du caractère particulier d'une coopérative, donc dans une démarche transparente où il y a de la place pour le débat, Gérald Larose croit qu'on peut arriver à atténuer les tensions et à «arbitrer la répartition des choses de façon à rendre compte des intérêts des salariés et de l'entreprise collective».
Le professeur croit d'ailleurs que les mouvements coopératif et syndical seront encore souvent appelés à l'avenir à collaborer. «Les syndicats sont mieux équipés qu'avant pour prendre leur place dans l'économie, notamment grâce aux fonds de travailleurs et aux différents instruments qu'ils ont mis en place.»
À ses yeux, l'économie se porterait même beaucoup mieux si elle empruntait davantage de pratiques aux mouvements coopératif et syndical.
«Ne serait-ce qu'au niveau de l'engagement des salariés dans le développement de l'entreprise. Trop souvent, lorsqu'il y a un problème, les entreprises vont chercher quelqu'un de l'extérieur pour redresser la situation avec une formule toute faite et, souvent, ça ne fait que replonger l'entreprise dans de plus grandes difficultés. Ceux qui connaissent le mieux l'entreprise, ce sont les salariés. Ce sont eux les mieux placés pour savoir comment s'organiser pour être plus efficace», croit-il.
Chez Solidarité rurale, maintenant, Claire Bolduc croit qu'il est grand temps que les Québécois se réapproprient leur développement. C'est ce qu'elle viendra prôner à la conférence.
«Le modèle forestier a atteint ses limites. On a extirpé les ressources sans qu'il y ait de retombées réelles pour les collectivités. On a vu la même chose avec les mines, l'agriculture, et on s'inquiète actuellement à propos du gaz de schiste», affirme-t-elle.
Or Claire Bolduc croit que le Québec est capable de renverser la vapeur, de faire autrement. Pour y arriver, elle croit que les Québécois doivent d'abord se rassembler autour d'un projet de société où il y a de la place pour le débat. La proposition de Solidarité rurale? L'occupation du territoire.
«Nous voulons réunir les urbains, les ruraux et les autochtones pour que les territoires soient d'abord un milieu de vie, puis une source de développement économique et de richesse collective. Et cela concerne tout le monde. Il faut arrêter de voir les urbains, les ruraux et les autochtones comme des groupes en concurrence. On a tous besoin les uns des autres. Il faut respecter ses différences et comprendre la richesse que nous partageons», explique-t-elle.
Enfin, à Solidarité rurale, on croit que le mouvement coopératif a souvent fait ses preuves au Québec et qu'il doit demeurer un ingrédient majeur dans le développement de la province.
«Le mouvement coopératif nous oblige à avoir des objectifs en commun, à travailler dans le même sens. C'est essentiel, parce que ça crée des ponts entre les urbains et ruraux, entre les acheteurs et les producteurs, etc. La coopération amène une compréhension de l'interdépendance au quotidien», affirme Claire Bolduc.
Elle donne l'exemple de Boisaco, dans le domaine forestier. «Même au plus creux de la crise, l'entreprise est parvenue à éviter les mises à pied. On ne parlait pas de quelques actionnaires qui voulaient avoir un rendement sur l'investissement, mais d'un ensemble de travailleurs concernés. S'il y a une baisse dans le carnet de commandes, on peut faire des mises à pied, ou tout le monde peut décider de réduire ses heures. C'est ce qu'on a fait chez Boisaco. Et comme tous les travailleurs comprennent l'importance de soutenir leur dirigeant qui va leur chercher des contrats, la coopérative arrive à se démarquer sur le marché.»
Voilà, selon la présidente de Solidarité rurale, un bel exemple de réappropriation de son développement. «Et cet exemple, ajoute-t-elle, pourrait s'appliquer à plusieurs secteurs.»