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Analyser la planification urbaine et les normes de construction en Suède équivaut à faire un voyage sur une autre planète. Qualité de vie, convivialité et empreinte écologique sont les maîtres mots qui déouchent maaintenant sur la construction de maisons «passives», c.-à-d. chauffées uniquement par la chaleur dégagée par les appareils de la maison les humains et le chat.
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Le groupe Derome, situé à Valberg dans le sud de la Suède, construit avec des systèmes informatisés des maisons préfabriquées ultraperformantes sur le plan énergétique, dont la dépense totale se limite à 55 kWh par mètre carré par année, explique son porte-parole, Per-Ake Lundin.
Du chinois pour un Québécois, qui raisonne en termes d'isolation et de valeur R.
Per-Ake Lundin vient de participer à la construction de trois maisons expérimentales «passives» dans un complexe résidentiel de la principale société immobilière de Göteborg, une propriété municipale.
Il explique qu'une telle maison peut maintenir une température intérieure de 20 °C par une température extérieure de - 25 °C «uniquement avec la chaleur des humains qui l'habitent, du chat ou du chien, et celle dégagée par les appareils domestiques», comme le réfrigérateur, les ordinateurs, la télé, etc.
Lire la suite: http://www.ledevoir.com/environnement/actualites-sur-l-environnement/298692/quand-la-chaleur-humaine-remplace-le-chauffage
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La Suède est le seul pays occidental à s'être donné comme objectif de devenir «carboneutre» en 2050. Mais ce qui étonne le plus, ce sont les moyens qu'elle entend prendre pour s'attaquer à la dépense énergétique de chaque citoyen par des mesures qui touchent sa maison, sa voiture, sa consommation... De quoi inspirer tout le Québec.

Stockholm — «La Suède n'a pas de pétrole et peu de gaz. C'est sans doute pourquoi, depuis longtemps, elle se préoccupe de réduire sa consommation d'énergie et qu'il nous semble réaliste de viser aussi haut dans le dossier des changements climatiques pour des raisons d'environnement et d'économie, notamment parce que c'est payant d'innover dans ce domaine», explique Per Rosenqvist, coordonnateur du dossier climatique au ministère suédois de l'Environnement.
La Suède, un pays fort semblable au Québec avec son climat et sa population de 9 millions, a réussi jusqu'ici à ramener ses émissions à - 11 % sous le niveau de 1990, alors que l'Union européenne (UE) l'autorisait pourtant à les augmenter de 4 % en raison de ses investissements dans le nucléaire et l'hydroélectricité. La Suède dépasse donc les exigences de Kyoto depuis 2008, sa première année d'application. En comparaison, le Québec n'atteindra pas l'objectif canadien de - 6 % avant 2012.
Déjà en 2007, la Suède avait ramené ses émissions à - 9 %, tout en ayant augmenté son PIB de 48 %. Pour obtenir une croissance d'environ 40 % durant la même période, le Canada a plutôt augmenté ses émissions de gaz à effet de serre (GES) de 25 %.
Ce succès, explique Per Rosenqvist, est le résultat du «cocktail» de solutions diverses mises en place à compter du milieu des années 1990 et principalement de la «taxe carbone», de la multiplication des chauffages municipaux qui alimentent en eau chaude les résidences grâce à la combustion des déchets et de la transformation des villes par un aménagement urbain désormais axé en priorité sur la réduction de la dépense d'énergie, ce qui passe par une augmentation du transport en commun et une réduction de l'usage de la voiture.
Cette taxe, on s'en souviendra, a coûté le pouvoir aux libéraux de Stéphane Dion devant des conservateurs, qui la jugeaient inefficace et insupportable.
Décidée à réduire sa consommation d'énergies fossiles pour alléger notamment sa balance des paiements, la Suède adopte en 1991 une taxe carbone de 100 $ sur l'utilisation des combustibles fossiles, sauf pour les grandes entreprises, dont la taxe est fixée à 25 % du taux général. Aujourd'hui, elle atteint 145 de nos dollars, mais ne s'applique pas aux industries régies par le système de plafond d'émissions de l'UE. Les milliards de revenus de cette taxe ont permis de réduire l'impôt personnel et les taxes sur la main-d'oeuvre, tout en permettant de financer le passage à des énergies plus propres. Elle ajoute aujourd'hui environ 36 cents au litre d'essence, qui atteint presque les 2 dollars présentement.
Pour Per Rosenqvist, c'est l'outil le plus efficace, le plus économique à gérer, le plus facile à ajuster, et ses résultats tangibles s'observent rapidement.
La recherche d'énergies plus propres a par ailleurs incité la Suède à développer son potentiel hydroélectrique. Cette filière, qui contribue peu au réchauffement du climat, fournit 45 % de l'électricité du pays, soit autant que l'énergie nucléaire.
L'utilisation de la biomasse fournit environ 8 % de l'électricité, et le vent, une énergie en progression importante, ne fournit pour l'instant que 2 %. Le recours à la biomasse est majeur.
L'incinération des déchets domestiques et commerciaux — avec parfois des apports en biomasse forestière — approvisionne en chaleur 90 % des immeubles multilogements du pays, soit les trois quarts des résidences du pays. La taxe sur le carbone incite par ailleurs les entrepreneurs à construire des habitations plus petites, une tendance qu'on n'observe pas au Québec. Enfin, la géothermie et l'utilisation de granules de bois sont de plus en plus populaires dans les banlieues résidentielles où les nouveaux ensembles immobiliers multilogements obéissent à une planification territoriale et des normes de construction axées sur la réduction de la dépense d'énergie, un concept inconnu ici au Québec.
Ces différentes solutions sont d'autant plus intéressantes que l'utilisation de la biomasse est neutre pour le climat, tout comme l'hydroélectricité et le nucléaire. L'incinération des déchets évite aussi à la Suède beaucoup d'émissions de GES pour la chauffe des maisons. Quant aux biogaz tirés de la biométhanisation des déchets organiques, ils remplacent une part importante de l'énergie requise par les autobus.
La Suède a aussi entrepris de réduire la contribution de son parc automobile, principalement par la taxe carbone sur le pétrole, et des aménagements urbains qui favorisent le transport en commun, la marche et le vélo.
La taxe anticongestion automobile de Stockholm, qui a effectivement réduit de près de 20 % les émissions du parc roulant de la première ville du pays, pourrait être adoptée par d'autres grandes villes. Elle stimule notamment l'achat de voitures peu énergivores, qui sont exemptées des taxes d'entrée et de sortie des villes, tout comme les motos.
En Suède, toute ville qui veut réduire les émissions de son parc automobile peut obtenir d'importantes subventions du gouvernement fédéral. L'achat d'une voiture hybride est aussi exempté de taxes, et celui d'une voiture électrique peut rapporter un peu plus de 4000 $ à son propriétaire.
L'objectif d'un éventuel bilan «zéro GES» n'est pas coulé dans une loi, ni même la réduction de 40 % des émissions ciblée par le pays pour 2020. Cet objectif de 40% est le double de celui de l'Union européenne et ne s'applique pas aux secteurs industriels lourds qui, eux, sont régis par les règles du marché d'échanges de crédits et soumis à l'objectif de réduction de 20 % de l'UE. Concurrence oblige.
En 2050, il y aura toujours un noyau inévitable d'émissions, mais la Suède compensera par l'achat de crédits sur le marché international.
La Suède, explique Per Rosenqvist, n'entend pas modifier sensiblement d'ici 2020 ce «cocktail» de mesures qu'elle entend par contre étoffer, car elles n'ont «pas fait le plein» d'impacts positifs.
C'est principalement le cas du réaménagement des milieux urbains, qui permet de travailler sur les principales sources d'émissions, soit les habitudes et les milieux de vie, dans une logique «intégrée» où tout est abordé de front, mais progressivement, pour toujours maintenir le consensus social.
Ne serait-ce pas là le secret de la méthode suédoise?