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Le Devoir, le 1er décembre 2010 - Le conflit entre le gouvernement et l’Union des producteurs agricoles (UPA) menace sérieusement la saison de la motoneige, selon les associations touristiques régionales.
Les retombées récréotouristiques de la motoneige et du quad représentent environ 1,3 milliard $ par année au Québec. Pour Jocelyn Carrier, président des Associations touristiques régionales (ATR), ce «produit hivernal» est essentiel. Ces activités permettent de maintenir des infrastructures et des services 12 mois par année dans certains villages. Il n’hésite donc pas à parler d’une véritable dépendance économique.
Le bras de fer entre le gouvernement et l’UPA concerne la Financière agricole, qui souhaite apporter des modifications à ses programmes de sécurité du revenu agricole. En guise de protestation, les producteurs refusent d’autoriser les motoneigistes à emprunter des sentiers qui traversent leurs terres.
M. Carrier identifie les régions de Chaudière-Appalaches, des Laurentides, de l’Abitibi-Témiscamingue, du Saguenay-Lac-Saint-Jean, de la Gaspésie et de la Côte-Nord comme étant les plus sensibles au blocus imposé par l’UPA sur les terres agricoles.
L’ATR soutient que la question, qui perdure, a déjà dépassé les frontières du Québec. Les réservations se font timides de la part des touristes étrangers et au Québec, les adeptes tardent à demander leurs droits d’accès. Il dit aussi s’inquiéter de l’état des sentiers.
Les entreprises touristiques interpellent à la fois le gouvernement et l’UPA car selon elles les responsabilités sont partagées. D’une part, le gouvernement doit s’engager auprès de ses régions pour des raisons économiques et d’autre part, les producteurs agricoles ne peuvent compromettre une industrie qui n’est pas directement concernée par leur différend avec l’État.
«Le problème de l’industrie touristique n’est pas que le gouvernement et l’UPA aient ou non respecté l’entente convenue entre eux, mais bien que la saison touristique soit sauvée cet hiver», clame Jocelyn Carrier.
Les ATR ont injecté 2 millions $ pour la promotion du produit de la motoneige et du quad pour la saison 2010-2011. Ces sommes, déjà versées, se traduiront en pure perte si le conflit ne se règle pas.
«Même si le boycott était levé aujourd’hui, il y a déjà des impacts négatifs et plusieurs associations vont avoir de la misère à passer au travers cet hiver», déplore M. Carrier, dénonçant ce qu’il qualifie de prise d’otage par l’UPA.
L’ATR demeure optimiste de voir l’impasse se résorber, mais M. Carrier concède que même si toute la saison hivernale n’est pas en péril, les effets sont inévitables.
«C’est sûr que si le gouvernement et l’UPA s’entendent rapidement, l’impact pourrait être diminué et l’industrie va finir par se retourner», reconnaît Jocelyn Carrier, néanmoins fatigué de subir les conséquences d’un conflit pour lequel il ne peut rien.

Le Devoir, le 2 décembre 2010 - Québec — Le ministre délégué à l'Agriculture, Laurent Lessard, maintient le cap: pas question de revenir sur la décision de soustraire le quart des fermes moins performantes de la formule de calcul des coûts de production dans le cadre de l'assurance stabilisation des revenus agricoles. Une mesure qui sème l'«inquiétude» chez les producteurs agricoles, en plus de menacer la survie de plus de 2500 fermes, selon les principaux intéressés.
En novembre 2009, feu Claude Béchard avait imposé une enveloppe annuelle fermée de 630 millions à la Financière agricole du Québec (FADQ), et ce, pour les cinq prochaines années. Le bras financier du ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation accumulait en effet les déficits année après année — pour un total de plus d'un milliard de dollars —, d'où l'obligation de mettre en place un plan de redressement passant par une réforme de l'assurance stabilisation des revenus agricoles (ASRA). Celle-ci sert à combler la différence entre les coûts de production et la valeur marchande.
L'Union des producteurs agricoles (UPA) avait bien accueilli le plan de redressement de Québec et a accepté des mesures de resserrement de l'ordre de 80 millions par année. Mais le syndicat n'a pas digéré la décision du gouvernement, annoncée en avril dernier, d'exclure le quart des fermes les moins performantes du calcul du coût de production moyen. Cette mesure représente des compressions supplémentaires de l'ordre de 80 millions de dollars et fait en sorte que les agriculteurs recevront moins d'argent pour «stabiliser» leurs revenus. Les producteurs de porc, de bovin et d'agneau seraient particulièrement vulnérables.
Malgré la grogne grandissante des producteurs agricoles, le ministre délégué à l'Agriculture, Laurent Lessard, a réitéré hier que la décision serait maintenue. Au cours d'une allocution prononcée devant un parterre de délégués de l'UPA qui n'ont pas hésité à huer le ministre, il a toutefois promis que d'éventuels surplus de la Financière seraient retournés aux producteurs, mais sans préciser comment. Le sujet sera discuté lors du prochain conseil d'administration de la FADQ, a-t-il simplement mentionné. «Je pars de leurs chiffres. À 630 millions, on est d'accord que le montant est suffisant et on est d'accord qu'il ne faut pas faire de déficit. On est aussi d'accord qu'il ne faut pas créer de surplus. Si on fait des surplus en raison de la mesure du 25 %, il faut les redonner aux producteurs», a-t-il dit.
Conscient d'évoluer en terrain très hostile, le ministre s'est surtout appliqué à tenter de convaincre les centaines de délégués présents qu'il était de tout coeur avec eux. Il a ainsi réitéré que les mesures de compressions avaient été prises de façon à assurer la pérennité de l'ASRA. «Les gens ne veulent pas vivre de l'assurance stabilisation, mais ils veulent avoir l'assurance qu'il va toujours y en avoir une», a-t-il lancé.
M. Lessard a également dit qu'il était en faveur du maintien de la mise en marché collective, un élément cher à l'UPA.
Mais les propos du ministre libéral n'ont absolument pas rassuré le président de l'UPA, Christian Lacasse. «C'est un rendez-vous manqué, a-t-il lancé après l'allocution du ministre. La situation que vivent les producteurs est catastrophique. On avait beaucoup d'attentes qui avaient été signifiées au gouvernement depuis des mois. Mais le gouvernement a décidé de faire la sourde oreille. Je ne peux pas accepter que le gouvernement soit aussi insensible.»
Visiblement irrité, M. Lacasse a rappelé que l'UPA considère que les compressions annoncées en avril ne sont pas nécessaires pour respecter le budget de 630 millions de la FADQ. «On ne demande pas un sou supplémentaire au gouvernement. Ce n'est pas un enjeu financier. Ce qu'on demande, c'est que la Financière agricole respecte le coût de production. Un vrai coût de production, pas un coût trafiqué.»
Selon les calculs du syndicat agricole, cette mesure menace directement la survie de plus de 2500 fermes au Québec. «Quand on met la hache dans la sécurité de revenu, quand on sème le doute quant aux outils qui permettent aux producteurs de gagner leur vie, il ne reste rien sauf le désespoir.»
Qui plus est, M. Lacasse estime que le gouvernement entretient l'«incertitude» en ce qui a trait à la protection de la mise en marché collective et de l'accréditation syndicale unique. Le ministre a bien promis de présenter sous peu une politique agricole — son livre vert — promise depuis plus de deux ans, mais les inquiétudes demeurent entières, selon le président de l'UPA.
Exaspérés, les producteurs agricoles promettent maintenant d'y aller de moyens de pression. Déjà, ils ont décidé d'interdire l'accès à leurs terres aux motoneigistes. Une décision qui compromet la prochaine saison de motoneige et qui risque de faire mal à tout un pan de l'industrie touristique, selon le président des associations touristiques régionales, Jocelyn Carrier. D'où des pertes financières qui risquent de se mesurer en centaines de millions de dollars.
Les producteurs peuvent retirer le droit de passage sur leurs terres, a répondu le ministre, mais il assure qu'il y aura une saison de motoneige cet hiver.