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Nouvelles

9 décembre 2010

Crise écologique: de la proclamation à l'action

(Point de vue)
Le Monde, le 6 décembre 2010 - Les populations du monde entier attendaient de la 15e Conférence des parties à Copenhague un tournant décisif et juste dans la gestion des biens communs de l'humanité, elles ont dû se contenter d'un énième défilé de personnalités, dont le bilan carbone collectif pour se rendre au Danemark sera sans doute à peine compensé par les bribes d'accord obtenues. La seule innovation qu'offriront les pourparlers de Cancun, c'est que ni les dirigeants ni les citoyens n'en n'attendrons quelque chose de tangible.

On observera en définitive qu'à mesure que la mondialisation multiplie les forums, les sommets et les instances de gouvernance, les avancées concrètes dans l'ordre de la régulation se font plus rares et difficiles. De fait, l'interdépendance croissante des peuples a débouché sur une concurrence accrue entre les Etats. Concurrence sur les ressources d'abord, sur les richesses et sur les hommes ensuite, qui a pour conséquence la logique du krach. Pour nos sociétés comme pour nos citoyens, la grande question du temps présent devient donc : comment sortir de la concurrence internationale au "moins-disant" économique, écologique, et inévitablement social et politique, dans laquelle sont engagés les Etats ?

Que l'on considère la fracture économique entre le Nord et le Sud, la raréfaction des ressources fossiles ou encore la montée des risques climatiques, il convient manifestement de forger de nouvelles armes, d'imaginer de nouveaux leviers pour l'action publique. Telles sont, précisément, les trois préoccupations à l'origine du R20, Rassemblement des régions du monde les plus avancées dans la mise en place de politiques énergétiques décarbonnées, et la mise en œuvre de projets de co-développement avec les collectivités du Sud. Alors que la crise économique fragilise la solidarité internationale en contractant les allégements de dette et en comprimant les budgets d'aide publique au développement (APD), les régions du monde ont entrepris de créer de nouveaux canaux pour financer les efforts d'adaptation et d'atténuation des pays en développement. Alors qu'Etats et marchés semblent embarqués dans une dialectique du péril, les régions font le pari des synergies entre acteurs publics et privés, des circuits d'action rapides et des partenariats innovants.

AU-DELÀ DU PÉTROLE

Près d'un an après s'être retrouvées en marge de la 15e Conférence des parties à Copenhague où elles revendiquaient une alternative à la gouvernance étatique dans le règlement de la question du climat, des régions du monde entier emmenées par la Californie ont en effet décidé d'unir leurs forces à d'importants acteurs industriels et à des fondations. Ces acteurs ont décidé de passer des mots aux actes, de préférer la logique de l'action à celle de la proclamation. A Sacramento les 15 et 16 novembre, à l'occasion du 3e Sommet mondial des gouverneurs, ils ont donc pris un engagement clair : démontrer que les mesures d'adaptation et d'atténuation au changement climatique peuvent être réalisées sans coût net pour les économies. Du Delta State nigérian à l'Ile-de-France, de la province de l'Oriental marocaine à la Californie américaine, un au-delà du pétrole est ainsi bel et bien en préparation.

Cet après pétrole est porteur d'espoirs et d'opportunités nouvelles pour les populations : il réconcilie la création d'emploi et l'industrialisation avec l'effort d'adaptation à la donne du changement climatique ; il dynamise le tissu de TPE et de PME dans lequel se construisent l'innovation et le changement, tout en apportant aux régions du Sud l'expertise technique et le soutien financier dont elles ont besoin pour élaborer leurs propres stratégies de développement. Ces objectifs sont d'autant plus importants que selon les estimations, les deux-tiers des nouvelles émissions de gaz à effet de serre (GES) des quarante années à venir proviendront des pays en développement, dont nombre connaissent enfin le décollage. Pour financer la révolution technologique nécessaire à de telles transformations, la création d'une banque pour l'investissement vert, intégrée au R20, permettra de compléter les flux émanant des fonds publics multilatéraux, voire de se substituer partiellement à eux, en orientant les fonds privés vers des projets ayant fait l'objet de toutes les expertises nécessaires à leur réussite.

ÉCHELON LOCAL

On nous répliquera sans doute : si 194 pays peinent à s'entendre sur des règles de comportement communes, est-il vraiment raisonnable de parier sur les initiatives des 6 000 régions que compte la planète, elles dont les compétences et les profils sont si hétérogènes ? Nous pensons justement qu'à l'inefficacité et l'impuissance du concert des nations, il convient désormais de substituer l'émulation et la coopération entre les territoires, les synergies entre acteurs. L'approche avancée ici n'a rien d'idéologique ou d'opportuniste, elle se fonde sur le constat objectif que les politiques publiques permettant de réduire les coûts de transaction pour les acteurs économiques sont aujourd'hui mises en œuvre à l'échelon local. Et au fond, pour le long terme, repenser l'ancrage territorial des activités et œuvrer pour les innovations, ce n'est pas seulement réinventer une économie industrielle devenue polluante et insoutenable pour nos sociétés, c'est aussi redonner à l'économie le sens de l'homme qu'elle avait perdu en chemin.

Lorsque Nicolas Sarkozy réunira son G20, le R20 et les régions du monde se réuniront pour présenter leurs réponses concrètes à la crise écologique. Avec elles, osons adopter une approche territoriale du développement et retrouver l'économie réelle. Démêlons l'écheveau de la gouvernance mondiale pour lui substituer des circuits d'actions rapides et efficaces. Démondialisons-nous, en somme, afin de donner à la mondialisation l'ancrage dans les territoires et les sociétés qui lui fait tant défaut. En raison des tensions pesant sur les finances publiques nationales et du moindre coût des mesures microéconomiques, l'échelon local nous semble aujourd'hui clairement s'imposer pour impulser le développement économique durable dont nous avons besoin. Cette approche économique va-t-elle de pair avec une révolution copernicienne dans l'ordre du politique ? Sans doute. Le XXIe siècle, gageons-le, sera décentralisé et démocratique, ou ne sera pas.

Michèle Sabban, présidente de l'Assemblée des régions d'Europe (ARE), membre et fondatrice du R20

Source: www.lemonde.fr/idees/article/2010/12/06/de-la-proclamation-a-l-action_1448692_3232.html

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