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Nouvelles

14 janvier 2011

La mer Morte se retourne dans sa tombe

Tranquillement, la mer Morte est en train de récolter un nouveau trophée: celui de la nouvelle mer d’Aral, alors que son niveau baisse de un mètre chaque année.

Le Devoir, le 8 janvier 2011 - Chaque année, la mer Morte décroît de un mètre en raison d'une surexploitation du Jourdain. Pour la sauver, les pays riverains doivent collaborer étroitement. Un pari qui semble impossible dans une zone de conflit perpétuel.

La mer Morte cumule de nombreux records. Point le plus bas de la terre (-420 m), endroit le plus ensoleillé au monde et, bien entendu, eau la plus salée de toutes, à peu près dix fois plus que l'Atlantique. Tranquillement, elle est en train de récolter un nouveau trophée, celui de la nouvelle mer d'Aral, alors que son niveau baisse de un mètre chaque année.

Mira Edelstein, chargée de communication pour les Amis de la Terre du Moyen-Orient, désigne une marque de peinture, à quelques mètres au-dessus de la route. «En 1923, commente-t-elle, le service géologique britannique a peint cette marque en bateau, au niveau où affleurait l'eau.» Aujourd'hui, la mer a reflué 30 mètres plus bas et presque un kilomètres plus loin. Dans son sillage, elle n'a laissé qu'une longue plage de boue sèche et salée.

Principal accusé? Le fleuve Jourdain. Les eaux qui ont accueilli le baptême de Jésus ressemblent aujourd'hui plus à un égout qu'à un fleuve. Avec la surexploitation de ses eaux pour des productions agricoles intensives, son débit annuel est passé de 1,3 milliard de mètres cubes en 1950 à 300 millions de mètres cubes en 2005. Il y a 50 ans, un tel développement agricole avait peut-être son importance, suppose Mira Edelstein, mais aujourd'hui ça n'a aucun sens. «L'agriculture représente 50 % de notre consommation d'eau, pour 3 % de notre PIB. En exportant des avocats, c'est notre eau qu'on exporte.»

Sink holes

Résultat immédiat: le niveau baisse, de 80 cm à 1 m chaque année. Au Ein Gedi Spa, les touristes affluent de tout Israël pour s'enduire de boue noire et profiter des bienfaits des sels minéraux. Le site a été construit au bord de l'eau au début des années 1980, mais aujourd'hui ses clients parcourent un kilomètre dans un petit train pour atteindre la plage.

Plus au sud, de gigantesques trous, les sink holes, apparaissent dans le sol. À Ein Gedi, le camping a déjà déménagé deux fois. Les sources d'eau fraîche qui affleurent dissolvent les cristaux de sel, concentrés dans les nouvelles terres émergées, et en déstabilisent la structure, entraînant l'effondrement du terrain. Le long du littoral, on compte déjà 1700 de ces sink holes, parfois larges de plusieurs dizaines de mètres.

Inondations

Depuis les années 1950, la surface de la mer s'est presque réduite de moitié. À Lisan, à l'extrémité du bassin nord, un maigre canal alimente désormais en eau le bassin sud. Ce dernier a connu le plus important développement industriel et touristique. À la fin des années 1970, l'eau y avait complètement disparu, et on a alors commencé à pomper le bassin nord.

Aujourd'hui, les grands complexes hôteliers commencent à remettre en question leur expansion. D'une capacité de 4000 chambres, ils prévoyaient passer à 55 000, mais ça, bien sûr, c'est dans le cas où les hôtels existants ne seront pas inondés. Car, dans le bassin sud, l'eau monte.

À Neot Hakikar, à l'extrême pointe sud de la mer, fonctionne l'usine Dead Sea Works, un des plus gros exportateurs de potasse au monde. «Notre usine est le plus gros consommateur d'énergie solaire», vante une borne de présentation audio, perchée sur un point de vue surplombant les activités. Là où autrefois s'étendaient peut-être Sodome et Gomorrhe s'étale aujourd'hui un vaste complexe industriel de tours fumantes et de tuyauterie, où évoluent des bulldozers perchés sur des dunes de sel immaculées. Au fond des bassins d'évaporation, les sédiments s'accumulent, et le fond du bassin sud s'élève de 20 cm chaque année.

Attendre la paix

Pour résoudre les problèmes de la mer, la Banque mondiale propose de conduire un gigantesque canal, qui permettrait de relier la mer Morte au golfe d'Aqaba, en mer Rouge. Le projet Red-Dead pose cependant de vraies questions en matière d'impacts écologiques. Quelles seront les conséquences pour les coraux du golfe d'Aqaba et son industrie de la plongée? Que deviendront les fragiles écosystèmes de la mer Morte? Où iront les touristes et les industries, quand la composition de l'eau n'aura plus rien d'unique?

Pour l'instant, les pays riverains n'ont d'yeux que pour le projet pharaonique de 180 km qui promet un investissement d'au moins cinq milliards de dollars et une vingtaine d'année de travaux. Le débit du canal permettrait de créer de l'hydroélectricité, et la Jordanie se voit déjà désaliniser l'eau pour abreuver sa population en croissance. Selon Elly Hermon, chercheur à l'Université Laval et spécialiste en gestion des eaux transfrontalières, aujourd'hui à la retraite, «la solution réside d'abord dans un accord politique global, mais également dans une conversion vers un nouveau modèle économique».

Un avis partagé par les Amis de la Terre, qui militent activement pour une solution de rechange au projet Red-Dead. L'organisme, avec ses bureaux en Israël, en Jordanie et en Palestine, tente de fédérer les trois gouvernements autour d'une meilleure gestion des ressources et propose de créer une Réserve de la biosphère UNESCO. «Si on attend la paix, il sera trop tard, mais l'environnement pourrait être un moyen d'arriver à la paix», espère Mira Edelstein.

Source: www.ledevoir.com/environnement/actualites-sur-l-environnement/314314/la-mer-morte-se-retourne-dans-sa-tombe (vous pouvez en plus y voir quelques photos)

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