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Alain McKenna, Les Affaires, 13 mars 2010
Les premiers véhicules à moteur électrique feront leur apparition sur les routes du Québec et du monde entier au cours des prochains mois. Il n'y a pas que les consommateurs qui les attendent avec impatience : des entreprises québécoises comptent en profiter pour s'imposer dans le domaine mondial de la motorisation électrique.
Cet été, les constructeurs Ford et Nissan lanceront respectivement aux États-Unis, le Transit Connect EV et la Leaf, les deux premiers véhicules de production en série munis d'un moteur entièrement électrique. L'automne suivant, General Motors lancera à son tour la Chevrolet Volt, une voiture à moteur électrique secondée par une cylindrée à essence.
Ces trois véhicules ont une particularité unique : leur batterie peut être chargée simplement en la branchant à une prise de courant domestique. Après quelques faux départs, assisterons-nous enfin au début de l'ère des véhicules à motorisation électrique ?
Lors d'une conférence au début de l'année, Carlos Ghosn, président du constructeur français Renault, estimait qu'il se vendra six millions de véhicules électriques par an en 2020, ce qui représente environ 10 % de l'ensemble du marché automobile.
Une estimation réaliste aux yeux de Robert Nardi, directeur du groupe sur les technologies de Deloitte. " Tout indique que les véhicules électriques perceront le marché grand public ", dit-il. Selon lui, les entreprises québécoises pourraient en profiter.
" Les véhicules électriques seront essentiellement fabriqués en Chine, mais le Québec pourrait très bien s'en tirer dans des créneaux, comme les systèmes logiciels, ou certains composants électriques. "
Réduire le coût de la technologie
Pour prendre son essor, l'industrie devra trouver un moyen de réduire le coût de la motorisation électrique, dit Michel Gauthier, président de Phostech Lithium. Plus précisément celui des batteries, dans lesquelles on retrouve des matériaux rares et coûteux comme le cobalt, qui les rendent aussi chers à produire que le reste du véhicule.
Fondée en 2001, Phostech Lithium, à Saint-Bruno, produit une poudre de phosphate de fer, un matériau abondant, sécuritaire et peu coûteux, qui pourra remplacer le cobalt dans la composition de la prochaine génération de piles. Pour la PME, les véhicules électriques représentent un potentiel énorme.
" Les véhicules électriques sont l'axe de croissance le plus spectaculaire de notre technologie, dit M. Gauthier. Si ce marché décolle, nous pourrions placer le Québec au sommet de cette technologie. "
D'ici cinq ans, la demande pour des solutions de stockage d'énergie ira en croissant. Les véhicules électriques, de même que l'exploitation à grande échelle de sources d'énergie intermittentes, comme le solaire ou l'éolien, feront grimper la demande pour des matériaux comme celui produit par Phostech Lithium.
Uniquement pour les véhicules électriques, une étude de Pike Research évalue que la demande en piles au lithium sera décuplée d'ici 2015. Elle passera d'une valeur de 878 millions de dollars américains (M$ US), en 2009, à plus de 8 milliards de dollars américains.
Désireuse de mener dans le secteur des véhicules électriques, la Chine a récemment annoncé qu'elle privilégierait l'utilisation de matériaux comme le phosphate de fer dans les véhicules électriques qu'elle compte produire. Conséquence : la demande annuelle en phosphate de fer explosera à moyen terme. Selon Phostech Lithium, elle passera de 30 000 tonnes à plus de un million de tonnes.
En 2010, ses usines de Saint-Bruno et de Candiac produiront environ 10 % de la production mondiale actuelle. L'entreprise ne compte pas en rester là. " Nous avons les moyens de croître ", assure M. Gauthier.
Une borne fabriquée au Québec
Un réseau de bornes - à la maison ou dans les stationnements publics - sera nécessaire pour assurer la circulation des véhicules électriques. Déjà, la chaîne McDonald's a annoncé son intention d'en installer dans ses stationnements, aux États-Unis.
Depuis trois ans, deux chercheurs en génie électrique de l'Université Laval conçoivent une borne de chargement intelligente pour véhicules électriques. En plus de résister aux climats nordiques, cette borne est capable de recharger une batterie en environ cinq minutes, au lieu des trois à cinq heures requises par des systèmes plus lents.
Louis Tremblay et Michaël Desjardins ont fondé AddÉnergie Technologies, afin de commercialiser cette technologie. Le moment ne pouvait pas être mieux choisi : outre Hydro-Québec, plusieurs sociétés américaines magasinent une technologie semblable. Selon la firme Frost & Sullivan, plus de 2,3 millions de bornes seront installées d'ici 2015, aux États-Unis seulement.
" Les États-Unis investissent beaucoup dans l'électrification des véhicules. Pour une entreprise du Québec comme la nôtre, tout est possible ", dit M. Tremblay.
C'est ce que M. Tremblay a communiqué au ministère des Ressources naturelles et de la Faune, l'automne dernier. Québec promet depuis plus d'un an un plan d'action pour les véhicules électriques. Attendu ce printemps, il devrait contenir des mesures pour stimuler le développement de ce secteur.
On pourrait donc voir naître d'autres entreprises comme AddÉnergie. " C'est le bon moment pour investir. Dans trois ans, il sera trop tard ", dit Maxime Ouellet, chargé de projets au Centre national sur le transport avancé (CNTA).
Développer le savoir-faire québécois
Hydro-Québec s'est aussi dotée, l'automne dernier, d'un plan d'action sur l'électrification des transports. Son objectif : que les propriétaires de véhicules électriques se tournent vers elle pour faire le plein.
La société d'État souhaite que le Québec soit un des endroits où les premiers véhicules électriques seront mis en vente. " Nous sommes plutôt persuasifs auprès des grands constructeurs ", dit Pierre-Luc Desgagné, directeur de la planification stratégique. L'essai de 50 voitures i-MiEV, de Mitsubishi, en est la preuve. Dès cet automne, Hydro-Québec esssaiera ces véhicules, pour mettre au point un réseau de chargement efficace. " Nous sommes prêts à accueillir jusqu'à un million de véhicules électriques dès demain. "
Hydro-Québec identifie deux années charnières pour la voiture électrique : " En 2012, les premiers modèles arriveront sur nos routes, mais c'est en 2015 que nous verrons quelles seront les technologies dominantes. "
Parmi les premières à tester la technologie, les entreprises québécoises pourraient prendre une longueur d'avance dans la motorisation électrique. Ce qui pourrait donner naissance à l'industrie québécoise des véhicules électriques, dit M. Desgagné. " Nous savons que plusieurs entreprises souhaiteraient créer une grappe au Québec. Nous voulons contribuer à la création d'un tel pôle. "
Source : http://lesaffaires.com/archives/generale/le-quebec-branche-sur-les-vehicules-electriques/511472