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Nouvelles

22 mars 2010

France - Sortie de crise: vers un nouveau régime de croissance?

Ce rapport est issu des travaux du groupe présidé par Daniel Cohen, mis en place en juin 2009 par le Centre d'analyse stratégique, à la demande de Mme Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d'Etat à la prospective et au développement de l'économie numérique.

Le rapport est disponible ici : http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/cgi-bin/brp/telestats.cgi?brp_ref=104000004&brp_file=0000.pdf
 

Avant-propos
par René Sève, Directeur général du Centre d’analyse stratégique

Le lecteur trouvera dans ces pages le texte du rapport du groupe de travail dirigé par Daniel Cohen que Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d’État auprès du Premier ministre, en charge de la Prospective et du Développement de l’Économie numérique, avait demandé au Centre d’analyse stratégique d’organiser. Au rapport lui-même sont ajoutées des contributions volontaires de certains de ses participants, notamment les représentants des partenaires sociaux : en ce sens, ce texte reste ouvert à la réflexion. Il doit aussi être lu en  fonction d’autres travaux demandés en 2009 par la Ministre, notamment sur le déclassement, sur la santé mentale et le bien-être ou sur le télétravail, et, plus largement, en fonction des perspectives de l’économie et de la société numériques, qui fournissent le cadre général dans lequel peut s’organiser la sortie de crise.

L’ampleur considérable de celle-ci, qui a entraîné la chute brutale de la production industrielle et des flux commerciaux internationaux, la défaillance  de centaines d’établissements financiers, la hausse spectaculaire des déficits publics nécessaire à la relance, etc., a pu fréquemment faire envisager qu’une phase historique du développement économique mondial était achevée. Dans l’avenir, les « vrais besoins » d’une société de consommation(s) responsable(s) ne seraient satisfaits que par des productions de proximité, dans un « nouveau localisme », qui « démarchandiserait » en partie les relations entre personnes voire entre peuples.

Certes, la numérisation dans la chaîne de valeur sera sans doute propice à des relocalisations. La composition des produits en services sera renforcée par rapport à la matérialité de l’objet lui-même, qui tendra à s’alléger et parfois à s’effacer, dans une sorte de « diet » ou « fitness economy » où la qualité sera dissociée de la quantité d’intrants physiques. Cependant, cette économie ne saurait s’abstraire des critères de compétitivité de l’offre ni de la logique de spécialisation et d’économies d’échelle. La croissance durable ne sera pas « naturelle », au sens de rudimentaire, mais impliquera de nombreuses innovations dans les technologies, les financements, les modes d’organisation, les rapports producteurs/consommateurs, etc. Ainsi, l’agriculteur tendra à devenir un ingénieur de la biodiversité et les services à la personne s’effectueront dans l’environnement technologique de la société numérique avancée. Cette dernière ne supprimera donc pas les besoins en R & D, en qualifications, en échanges internationaux, ni en esprit  d’entreprise.

Le rapport ci-après, parce qu’il analyse la sortie de crise selon des principes économiques, ne valide donc pas la fin d’une économie de gammes, de  diversification et de flux  croisés. S’il  rappelle que le progrès technique  constitue le moteur de la croissance à long terme, il souligne aussi que la sortie de crise suppose que les innovations qui vont permettre la satisfaction des principaux besoins (alimentation, logement, santé, connaissances, mobilité, etc.) devront rester à la portée du consommateur final. Cela emporte deux  conséquences.

D’abord, la réussite de la « nouvelle croissance » passe par un meilleur fonctionnement de l’ensemble des marchés des biens et des services, susceptible d’alléger le poids des dépenses contraintes, qui sinon empêcheront le décollage des nouveaux produits ou en limiteront la diffusion aux ménages les plus favorisés. Pour que la nouvelle croissance soit durable, il faudra donc veiller à ce que soient palliés certains déséquilibres de base, qui ont été à l’origine de la crise actuelle, en premier lieu ceux qui résultent des difficultés de certains pays industrialisés, notamment des États-Unis, à assurer une qualification croissante de la main-d’œuvre.

Les facteurs de production devront ensuite faire preuve d’une mobilité intersectorielle accrue : c’est tout l’enjeu actuel des transitions professionnelles qui doivent permettre à des salariés de voir leurs compétences reconnues et augmentées d’une branche d’activité à une autre. C’est également le défi des entreprises qui peuvent gagner à des diversifications inattendues, comme on le constate dans le domaine de l’énergie où agriculteurs, hypermarchés ou encore transporteurs routiers créent des entités spécialisées dans le photovoltaïque, l’éolien ou la biomasse. Plus généralement, dans de nombreux secteurs, la multipliera les transactions, modifiera les spécialités et entraînera des gains d’efficacité.numérisation des échanges

Comme le souligne le rapport, dans cette évolution générale, les « consommateurs », « bénéficiaires » ou « citoyens » deviendront de plus en plus des coproducteurs, des  coprescripteurs, des acheteurs groupés, etc., à travers notamment la constitution, dans la vie personnelle ou professionnelle, de communautés virtuelles, durables ou ponctuelles, fondées sur des intérêts, des valeurs ou des engouements. La société numérique est donc en train de renouveler en profondeur l’individualisme des sociétés modernes, de même que les formes de la vie et de l’action collectives. Elle demande à chacun davantage d’initiative dans tous les domaines de son existence, comme aux mécanismes de solidarité de fournir les conditions de cette capacité, et donc le socle ultime de la nouvelle croissance.

Le rapport : http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/cgi-bin/brp/telestats.cgi?brp_ref=104000004&brp_file=0000.pdf

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